L'amer dilemme de la langue

Publié le par Mirandolina

(varianta in romana, aici)
J’ai eu, les 18 dernières années, le dilemme de la langue, si ce n’est depuis plus longtemps encore. Maintenant, cela devient insoluble. Un problème aigü.

Je suis née et j’ai grandi en langue roumaine, elle m’est chère, je l’aime, j’aime jouer avec, j’aime qu’elle soit ma méthode, mon instrument, mon arme, j’aime conquérir, soumettre et finir avec elle, par elle.

A 18 ans et demi, je suis partie dans un autre pays, la France, que j’aimais déjà et dont je parlais la langue, que j’avais apprise par amour (amour d’adolescente pour Alain Delon, souriez s’il vous plait, maintenant, redevenons sérieux !). J’ai choisi un métier lié intrinsèquement à la langue, à l’expression. J’ai choisi d’être journaliste.

J’ai été étudiante et puis journaliste de langue française, en observant, en relatant, en écrivant en français.

Pensant, rêvant, vivant en français. En m’énervant et en me réjouissant en français. Aimant en français. J’ai pour habitude de dire, et c’est totalement vrai, que jusqu’à 27 ans, je n’ai jamais dit «Je t’aime» en roumain, ce je t’aime d’amour passionnel et non pas celui pour les parents. Je l’ai dit en roumain seulement pour jouer et pour lui apprendre à le dire dans ma langue maternelle.

Par les aléas de la vie, je suis revenue en Roumanie, j’ai fait le même métier, lié aux mots. Avec des néologismes au début, comme me le disait si bien un collègue de rédaction. Mais avec autant de passion et d’honnêteté.

J’ai appris à nouveau à rire et à pleurer en roumain. A rêver en roumain. Sans le vouloir, je me suis éloignée du français, bien que 10 ans de ma vie et de mon âme sont encore là et le seront toujours.

 

Mais maintenant, j’ai un dilemme terrible. J’ai retrouvé, sur Facebook, quelques anciens collègues de faculté (Français) et d’anciens collègues de rédaction, (Français aussi), qui s’ajoutent à mes amis français de Roumanie. Quelques-uns d’entre eux se donnent du mal pour comprendre ce que j’écris sur le mur. Pour comprendre, ils m’ont avoué qu’ils essayent avec Google, mauvais et pas bien futé professeur, avec des lacunes évidentes, au moins du point de vue grammaire. Je n’ose même pas penser ce qui en ressort par la traduction de Google de ce que j’écris en roumain, avec des demi-mots, des sous-entendus, des sourires ou bien des froncements de sourcils parsemés à travers les syllabes. Surtout l’un d’entre eux essaye souvent de comprendre ce que je dis.

Je me sens ingrate et de travers, je me sens incomplète et bonne à rien de ne pas pouvoir, comme je le voudrais, écrire dans une langue universelle, que tous ceux qui me sont chers et importants, comprennent sans problème. Et les autres, pas du tout. Qu’ils ne voient même pas… Que ce soit comme une encre invisible, une langue invisible, pour ceux avec qui je n’ai pas de liens d’âme de quelque sorte qu’ils soient (avec un degré d’intensité moindre ou plus grand, mais existantes). Je me sens frustrée de refuser à un tiers de ma liste de Facebook (au moins), l’accès à ce que je pense, à ce qui me fait rire, à ce qui m’énerve, à ce qui me rend sereine, à ce qui me fait froncer les sourcils, à ce que j’ai décidé de rendre publique, à ce que je veux dévoiler de moi-même et montrer au monde.

Mais écrire en français, seulement en français, ce ne serait pas acceptable. Non pour moi, car je suis toujours amoureuse de cette langue-ci, je l’aime viscéralement, de l’intérieur, je la sens dans mon âme, c’est une moitié de moi, comme si j’étais coupée en deux. Ou bien, plutôt, comme si j’étais double. Mais ce ne serait pas acceptable d’écrire seulement en français, pour le reste des amis de ma liste, les gens du pays où je suis née et où je vis (au moins pour l’instant). Je vois déjà les grimaces désapprobatrices de quelques-uns si je commençais à écrire comme cela. Elle est snobe, elle fait semblant que le roumain ne lui suffit plus, etc.

Mais n’écrivant pas en français, je condamne les autres à ne jamais rien comprendre, à faire des efforts du genre Google (dont le résultat de la traduction je ne veux même pas me l’imaginer, surtout tenant compte des commentaire au second degré que je fais souvent).

Je veux une langue universelle, pour tous mes amis importants.

La langue des amis.

Ok, plus pragmatique : je vais écrire dans les deux langues. C’est la vie.

Publié dans Francais

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